VIII - 1929 - UNE ETAPE DECISIVE (EN CONSTRUCTION)

VIII.1 - L'AMATEUR BRICOLEUR ET LE 6ème SALON

Il est intéressant de chercher à savoir quel sort attend le bricoleur, l'amateur au moment ou la T.S.F. va vers sa phase construction réellement industrielle. Et tout d'abord, la définition du parfait amateur bricoleur... Je n'irais pas jusqu'à prétendre que, s'aventurer dans la pièce qu'il s'est réservé dans l'appartement est une entreprise aussi périlleuse que l'escalade de la face Nord du Mont-Blanc.

Disons qu'après l'avoir toléré dans la salle à manger ou nous l'avions laissé en 1923, Madame a trouvé l'autorité nécessaire pour reléguer son époux dans une pièce qui est devenu son atelier et ou il s'en donne à cur joie.

 

Il a monté bien sûr un poste récepteur, très bien monté même, avec tout le soin qu'il apporte à ce travail de bricoleur, mais ce poste, sa famille s'en sert pour lui, il ne l'intéresse plus. Le vrai amateur bricoleur est celui qui a toujours un poste en chantier et jamais un poste terminé. Ne nous y trompons pas, l'amateur considère son passe temps favori comme un véritable travail qu'il exécute avec une réelle conscience professionnelle et si le panneau de son dernier "super" est percé comme un gruyère de qualité, c'est parce que les derniers schémas qu'il a expérimenté l'ont obligé à se servir de nombreuses fois de la "chignole".

 

D'ailleurs l'amateur français est vraiment un constructeur, contrairement à l'amateur américain qui est, lui, un assembleur. L'amateur américain, trouve chez son fournisseur un grand chois de "kids" pour récepteurs de toute sorte, du plus simple au plus compliqué. Il s'y procure selon le schéma choisi, le panneau d'ébonite percé et gravé, il n'aura plus qu'a faire suivre les fils jusqu'aux connexions identifiées. Ce même repérage est fait sur le panneau de fond et son travail se borne à assembler, selon des plans très détaillés, de photos et d'instructions précises, les pièces qu'il lui sont fournies avec vis et écrous. Ainsi on gagne du temps et avec ce que l'amateur français considère comme un "jeu de construction", le bricoleur américain se fait quelques dollars en vendant ses montages à des amis, dans son entourage. D'autant que les réglages sur ces récepteurs sont simplifiés du fait qu'il n'existe qu'une seule gamme de longueur d'ondes aux USA : 225 à 550 mètres.

L'amateur français, le vrai est un "pur", il veut, en règle générale, savoir ce qu'il fait et comprendre à quelles fonctions sont destinées les pièces détachées qu'il emploi dans ses montages. Dans les journaux spécialisés, il trouve ses schémas (auxquels, il est vrai, sont joints des plans de montage) et à partir de son choix, , il lui faudra se procurer dans des magasins différents l'ébonite, le bois, et la visserie, choisir ses condensateurs variables, ses transformateurs, ses potentiomètres, ses rhéostats, etc, etc,... Son marché fait, après avoir bobiné ses selfs il va commencer sa construction.

Mais en parcourant les stands de ce 6ème salon, notre bricoleur est inquiet, lui qui aimait voir clair dans ses montages " aérés ", d'un accès facile aux pinces, tournevis et clés à tubes, le voici devant des postes de dimensions réduites (comparativement à son dernier 4 lampes ou il avait vraiment " vu grand ") et les schémas dont il faut prendre connaissance sont de plus en plus compliqués

Quand il commençait à se livrer à son passe temps favori, c'était en 1922, il y avait peu de postes d'émission et seulement sur ondes de 2000 à 6000 mètres ; et après avoir monté son détecteur à galène, puis la lampe détectrice suivie d'un ou deux étages d'amplification BF, et enfin l'amplification HF à résistance-capacité du type Brillouin-Beauvais et à réaction électrostatique, il avait pensait-il atteint le sommet de la perfection dans les MONTAGES APERIODIQUES.

Mais la sélectivité des montages à résistance s'était rapidement avérée inopérante face à la multiplication des stations d'émission ? D'autre part, les longueurs d'ondes s'étaient " raccourcies " (que le Dieu des sans-filiste me pardonne ce terme peu galant), et par suite de l'inconvénient des capacités internes des lampes, notre amateur avait abandonné les montages apériodiques qui ne donnaient plus satisfaction, pour adopter les MONTAGES A RESONANCE (inductance-capacité), qui lui avaient procurés, les joies inoubliables des montages de C119. De plus en plus avide d'émissions étrangères (pour l'exploit naturellement), il s'était rendu compte qu'en multipliant les étages à résonance, la recherche de la solution des accrochages provoqués par ces nouveaux montages ne pouvait qu'aggraver sa calvitie naissante.

Il avait alors combiné des postes ou un étage à résonance était encadré par 2 étages semi-apériodique (TPT8) . C'était presque le succès mais comme le mois suivant, son emploi l'avait obligé à venir habiter en ville, il s'était vite aperçu que ce montage était ici vraiment trop peu sélectif. Pour neutraliser cette capacité grille-plaque si gênante, il s'était tourné vers les montages NEUTRODYNES qui donnait de très bons résultats (aux U.S.A.). Mais il était en France, et il lui fallut bien vite déchanter, ces montages étaient loin d'être parfaits chez nous, les gammes de longueur d'ondes étaient trop étendues et les caractéristiques des lampes dont il disposait peu appropriées à ce type de schéma. Et son propriétaire, comble d'infortune venait de lui faire enlever la belle antenne qu'il avait (clandestinement) érigée sur le toit. Il fallait abandonner les montages à résonance pour essayer un CHANGEUR DE FREQUENCE.

Et voilà, pourquoi notre amateur passe en revue les stands de cette 6ème exposition. Certes, ce n'est pas pour acheter un poste "tout fait", il n'en est pas là (pas encore), il ne va pas se ranger dans la catégorie des " tourne boutons ", il est ici pour se renseigner et étudier les tendances du récepteur moderne dont il veut entreprendre la construction, le changement de fréquence n'a pas tellement de secret pour lui. Tout en préférant les montages à amplification directe, il en a suivi l'évolution. Il avait bien entendu étudié dans le livre de P. HEMARDINQUER " le poste de l'amateur de TSF " paru en 1923 , les principes du super hétérodyne de Monsieur LEVY. Mais les appareils (4 avec la boîte d'accord) à la queue leu-leu étaient vraiment trop encombrants et les lampes à filament de tungstène de l'époque (6 pour l'étage HF, 2 pour l'étage BF, 3 pour la détection et 2 pour l'hétérodyne), nécessitant des batteries de tension plaque et de chauffage des filaments séparés pour l'hétérodyne, la détection et l'amplification, vraiment trop gourmandes.

Il avait attendu 1927 et la lampe bigrille pour monter son premier " super ".

 Effectivement, ce 6ème salon de la TSF qui se tient au Grand Palais lui fait faire plus ample connaissance avec quelques perfectionnement qu'il connaît d'ailleurs déjà dans les grandes lignes. Tout d'abord les lampes et particulièrement la LAMPE A ECRAN et la TRIGRILLE DE PUISSANCE, fabriquées cette année en grande série par des maisons françaises ; elle sont à la portée du sans-filiste (la lampe à écran P410 de GECOVALVE vaut tout de même 95 Fr ainsi d'ailleurs que la lampe de puissance trigrille PT425 de la même marque).

 Tout en continuant sa visite, notre amateur note en passant devant les stands de piles, accus, redresseurs à cuivre, oxyde de cuivre, chargeurs tensions plaques, que la solution de l'alimentation totale sur secteur alternatif ne semble pas être entrevue de la m^me façon par tous les constructeurs de postes récepteurs. Son idée personnelle est dans le chauffage redressé et filtré et il s'arrête devant le stand PERICAUD ou il admire le Radio secteur TRISODYNE, élégant récepteur gainé façon crocodile, face avant en métal émaillé, trois boutons de réglage, accord, oscillateur et réaction. Il avait déjà vu dans les journaux spécialisés la publicité de ce récepteur dont l'alimentation se fait par un cordon à cinq conducteurs de couleurs différentes se raccordant aux cinq prises correspondantes du convertisseur qui fonctionne sur 110 Volts 50 périodes.

 

A gauche un récepteur Péricaud, montage Trisodyne

 La publicité lui avait déjà également fait connaître la " combinaison idéale " de PHILIPS : le Haut-parleur, le poste de TSF " complet " et l'appareil de tension anodique. En sortant du salon, notre ami a une curieuse impression de déjà vu, il ne peut nier les perfectionnements, mais dans l'ensemble, c'est du " réchauffé ", ces prises encore trop nombreuses mais indispensables pour l'alimentation, le haut-parleur, le cadre lui font dire : " trop compliqué ". Il sent confusément qu'un évènement important ne va pas tarder à se produire, qui va faire sortir la TSF des sentiers battus où se complaisent les constructeurs français en majorité. Il a le sentiment que les possibilités que nous offrent notre technique, la qualité de nos pièces détachées et de nos lampes ne sont pas exploitées à fond et aussi que le bricolage d'amateur a encore de beaux jours devant lui.

Mais attendons 1930 ou 1931.

 VIII.2 - LE HAUT-PARLEUR ELECTRODYNAMIQUE

Depuis 1925 notre amateur a essayé bien des modèles de haut parleurs et diffuseurs. Il a relégué, bien à contre coeur, dans un coin de son "laboratoire" son vieux compagnon, le H.P. à col de cygne BRUNET DUOTONE, commutateur 2 tons, qui selon la publicité devait lui donner "la Marseillaise" de façon éclatante et "la berceuse de Jocelyn" enveloppée et fondue. Après avoir monté un diffuseur bicône, essayé les diffuseurs Pathé et Radiolavox et bien d'autres électromagnétiques, il a rencontré le haut parleur Point Bleu 66K qu'il a finalement adopté, puisque ce moteur qu'il équipe lui même lui permet de faire ses chers essais de Basse Fréquence.

Dans ce domaine notre bricoleur s'aperçoit que de grands progrès sont à réaliser... Et puis, la manie de l'écoute des postes émetteurs lointains au détriment de la qualité sonore commence à le quitter.

Il voudrait bien entendre maintenant tous les timbres des instruments de musique des plus graves aux plus aigus. Il aimerait pouvoir, parmi les instruments de l'orchestre qui lui donne le concert de ce soir, retrouver un instrument particulier.

La fidélité de reproduction des haut parleurs et diffuseurs dépend de leur caractéristiques mécaniques et les résultats ne sont pas brillants, surtout pour les fréquences élevées. De plus les harmoniques sont très mal reproduits, ce qui explique que le son du piano dont le son est particulièrement riche , est franchement mauvais.

Par contre, si vous aves une voie grave et bien timbrée, vous avez la chance d'être choisi comme "speaker" (comme on dit en France, "announcer" en anglais), vous avez la voix "radiogénique".

Mais voici qu'apparait, toujours basé sur le principe de la force magnétique, à coté de notre haut parleur "MOVING-CONE" le haut parleur électrodynamique "MOVING COIL". Ce nouveau venu dans le monde de la B.F. donne de très bons résultats, bonne reproduction des fréquences acoustiques, richesse de tons et grande puissance avec un minimum de distorsion.

Mais c'est encore un rêve pour l'amateur. Par son aspect extérieur et son poids (le bobinage d'excitation (électro_aimant) à lui seul demande 1,5 kg de fil 1/10 isolé sous deux couches de coton et par son prix d'achat qui est de l'ordre de 1000 Fr au moins, ce nouvel accessoire décourage bien des acheteurs éventuels.

Il y a malheureusement d'autres inconvénients, le H.P. électrodynamique, moins sensible que l'électromagnétique doit être inséré dans un circuit de plaque à tension élevée : 120 à 150 Volts , alors que la majorité des postes fonctionnent encore avec 80 Volts, et n'oublions pas que le champ magnétique est ici emprunté non pas à un aimant permanent mais à un électro-aimant.

Attendons encore quelque mois nous trouverons bientôt des aimants permanents...

Avec les postes secteurs, nous aurons à notre disposition le courant redressé par la valve pour exciter nos électroaimants, et c'est pour bientôt...

  VIII.3 - LES PARASITES ET LA RECEPTION

La France est encore en 1929, c'est à dire sept ans après la naissance de la Radiodiffusion, a attendre un statut national, et les "chers z'auditeurs" victimes plus ou moins résignées des parasites industriels de toutes sortes espèrent voir un jour paraitre une loi qui va enfin les protéger contre ce qu'ils considèrent à juste raison comme un fléau.

Avec le développement des applications modernes électriques dans tous les domaines, industriel, médical, ménager, l'amateur sans filiste se trouve placé devan,t un problème qu'il juge insoluble.

Certes des procès sont engagés, qui ont tournés à l'avantage du sans filiste lorsque la mauvaise foi du perturbateur a été jugée évidente.

Le S.P.I.R. (Syndicat Professionnel des Industries Electriques), fondé le 7 avril 1924 s'est intéressé à un problème qui le touche directement et diverses commissions techniques se sont penchées sur la question.

A la suite des contacts pris par ces commissions avec les représentants des constructeurs et installateurs de matériel électrique, est décidée une intervention auprès des pouvoirs publics, pour que l'emploi de dispositifs de protection contre les parasites fasse l'objet d'une règlementation officielle spéciale.

Toute une technique anti-parasite doit être créée. Mais en attendant, comme dit la chanson, les enseignes au néon, le pétrin mécanique du boulanger, les ascenseurs, les appareils médicaux, les tramways, les moteurs électriques de toute sorte continuent à rendre la vie impossible à l'amateur sans filiste et entravent le développement de cette T.S.F. qui pourrait sans cela toucher d'autres clients qui ont horreur des crépitements, crachements et claquement couvrant trop souvent toute réception.

Il est évident que ces auditeurs en puissance, jugent inutile la dépense à faire pour l'achat d'un appareil qui ne "marchera" pas mieux que celui du voisin.

Dans l'attente d'une décision des Pouvoirs Publics qui tarde à venir, les Radio-Clubs essaient d'agir en se lançant aux trousses des perturbateurs qu'il s'agit d'abord de découvrir.

Mais en attendant... certains industriels fauteurs de parasites, courageux pour imposer des sacrifices aux autres proposent une solution : la diminution de sensibilité des postes récepteurs ! Même avec le recul du temps cette énormité nous semble difficile à avaler.

Page précédente

Page suivante (en construction)

Début