LA T.S.F. - DE LA GALENE A LA LOUPIOTE

 1 - EN MANIÈRE D' INTRODUCTION

Une histoire de la radio ? Quel programme ! Bien plus modestement j'essaierai dans les lignes que vous allez parcourir avec j'espère autant de plaisir que j'ai mis à les écrire, de vous montrer l'évolution d'une science qui a bouleversé la vie d'une génération et qui n'a pas fini de nous étonner.

S'il est dans l'existence des étapes où l'on fait le point, il y a sûrement une période de départ qui marque toute une vie. Cette période s'est située pour moi en 1925, ce qui explique le démarrage de cette histoire et la nécessité par la suite d'un retour en arrière.

Avec le recul du temps il est facile de s'apercevoir que l'évolution de la radio a été plus rapide que ne le laissaient entrevoir les perfectionnements de détail s'ajoutant les un aux autres au fil des années. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi un ordre chronologique pour décrire cette évolution, volontairement entrecoupée de faits divers marquants.

Tout était nouveau, tout était à faire, tout était possible.

Des formules, vous vous doutez bien que vous n'en rencontrerez pas dans ces lignes.

Amateur au temps ou le dépannage " au pifomètre " était encore possible, j'ai vu des amis devenir d'excellents techniciens, je me suis contenté d'être un collectionneur passionné.

  2 - 1925 … ET AVANT

 La T.S.F. ? Ce n'est pas une maladie et cependant je n'ai pas encore rencontré un amateur de radio vraiment atteint par cet étrange virus, qui ai réussi à s'en débarrasser.

Pour ma part, en 1925, j'avais 10 ans et un oncle qui bien que ne s'appelant pas RADIOL (merci Monsieur AISBERG) n'en bricolait pas moins à son temps perdu une radio qui je puis vous l'affirmer, n'était pas " Sans Fil ". Plaisanterie facile, mais d'époque !

Donc en 1925, sur la table de l'amateur de TSF à la page (et fortuné) trône le C119 et son Haut-Parleur à col de cygne. Mais n'oublions pas que les amateurs de la première heure, avant 1914, écoutaient les signaux horaires et les bulletins météorologiques. Ces pionniers ont été initiés par les premiers livres de vulgarisation de TSF qui paraissent en 1912-1913.
Ces livres donnent des détails sur les expériences de BRANLY, sur le tube à limailles, le détecteur électromagnétique de MARCONI, sur le détecteur électrolytique du général FERRIE (qui fut le premier détecteur d'amateur).

 

2.1 - LA GALÈNE

L'appareil à galène de 1913 ci-dessous est déjà, avec son écouteur et son antenne de 200 mètres… ou plus, un véritable récepteur.

1913 : Le poste récepteur le plus élémentaire...

Constitué seulement seulement d'un "détecteur" et d'un écouteur.
Le poste devait être relié à une antenne et à une prise de terre.
Aucun dispositif pour sélectionner les stations. A Paris une seule station était assez proche et assez puissante pour être captée par les amateurs : la Tour Eiffel !

Ci-dessous un poste vendu par les établissements "Strauss Frères et Cie"
16 Bd Saint Denis. Paris Xème

 

Le même montage, version "bricoleur" :

Certaines maisons spécialisées dans la construction d'appareils pour laboratoires de physique, mettent à la disposition des amateurs (amateurs : celui qui aime), des pièces détachées et même des appareils de réception.

Ces maisons ont vu juste, l'engouement pour cette science nouvelle et encore enveloppée de mystères pour beaucoup de néophytes, va faire naître beaucoup de vocations et l'habileté de ces pionniers, pour qui, ce qui compte le plus c'est que ça fonctionne, le message reçu passant au second plan, va donner cet essor fantastique à la T.S.F.

Revenons à nos amateurs souvent peu fortunés, mais adroits et débrouillards, ils ont depuis l'avènement de la galène qui a détrôné le détecteur électrolytique, montés et démontés bien des postes, cherchant le meilleur rendement pendant les rares heure d'émission de la Tour Eiffel. Ces amateurs, que l'on peut qualifier de chercheurs, travaillent au début de la T.S.F. avec un matériel excessivement simple, souvent de fabrication artisanale, un laboratoire réduit à sa plus simple expression et ce n'est pas là leur moindre mérite.

Dans ces montages à galène, le détecteur composé d'un cristal de sulfure de plomb sur lequel le chercheur (fil de maillechort en général) pour trouver le point sensible, est suivi d'un écouteur en série. Le circuit d'accord est composé d'un bobinage à deux curseurs (montage OUDIN).

Bien entendu, peu de sélectivité, mais le besoin s'en fait peu sentir puisqu'il y a peu d'émetteurs. La puissance est suffisante pour écouter du Morse.

Photo d'un poste Oudin

Plus de détails

2.2 - VERS 1919

Vers 1919, après le variomètre et autre variocoupleur, le condensateur variable apparaît dans le circuit d'accord, mais il est difficile à l'amateur de le fabriquer lui-même et à l'achat il représente le prix d'un accessoire de luxe.

Néanmoins, le récepteur à galène évolue, on essaie peu à peu d'augmenter la sensibilité en … sensibilisant le cristal de galène ; et s'il y a eu des chercheurs constitués par un fil spiralé en or, mais oui… nous en sommes au fil de laiton de 12/100 de mm.

 

Condensateur variable

2.3 - FORME DES RÉCEPTEURS À GALÈNE - LES ANTENNES

Nous avons vu le montage OUDIN, nous aurons la boîte parallélépipédique avec le dessus (ou le devant) en ébonite noire; ce dessus isolant supporte les bobinages que l'amateur fabrique lui-même en forme de galette.

Le bouton du condensateur variable y est accessible, qui permet de régler sur un cadran gradué, mais il y a sur le cadran du poste à galène beaucoup de graduations inutilisées…

Nous avons eu le poste mural, toute une installation avec son commutateur couteau en cuivre rouge permettant après l'écoute, de relier l'antenne à la terre, nous aurons le poste à galène portatif, bien que la réception sur cadre ne puisse être efficace que très près de l'émetteur .

La meilleure réception dépend encore de l'aérien, de l'antenne extérieure, dont l'installation pose souvent bien des problèmes en ville entre locataires et propriétaires.

Pour ceux qui on la chance d'avoir "de l'espace", pas de difficulté, uniquement une question de choix entre l'antenne unifilaire (la plus souvent adoptée) dont la longueur a varié de 50 à 250 mètres, et les antennes en nappe, en V, en prisme. Toutes ces antennes sont directives, constituées de fil en cuivre de 15 à 20/10 de millimètres. L'antenne en parapluie bien que non directive a été moins utilisée, parce que de construction moins aisée.

La hauteur de l'aérien, la proximité d'arbres ou de bâtisses sont des éléments dont il faut tenir compte puisqu'il est important de recueillir le maximum d'énergie (hélas, il y a aussi les parasites atmosphériques). Tous ceux qui ont montés des antennes à cette époque se souviennent des cordes paraffinées et des isolateurs Védovelli,, de toutes les précautions prises pour recueillir la maximum de ces " vibrations transmisesà l'éther ambiant par l'antenne d'émission ".

Autres formes d'antenne

 

C'est à la lecture du Morse, des indicatifs, des signaux horaires, des postes côtiers que l'amateur, le vrai, le mordu qui aime la T.S.F. pour elle-même, est renseigné sur la sensibilité de son poste récepteur.

2.4 - EN 1922 : LA RADIOPHONIE

Les réceptions en Morse ne peuvent être passionnantes que pour celui qui sait lire au son ou pour l'amateur qui s'en sert pour les réglages de ses montages. Il est donc le seul à s'intéresser à la T.S.F. et chez lui on commence à le prendre pour un doux maniaque.

Mais en 1922, ça parle et pour la première fois la famille s'approche de l'écouteur que l'on va se passer à tour de rôle, devant le technicien maison au triomphe modeste (en général !). Il y a encore peu d'émetteur en 1922, trois à Paris et la province commence à s'organiser. Mais on devine déjà que le poste à galène ne va plus suffire, il va falloir s'arranger pour que toute la famille puisse profiter des émissions, des programmes de Radiophonie. C'est alors que la lampe apparaît.

 Voici les programmes de F.L. (Tour Eiffel) heure d'été 1923 :

7 H 40 - Prévisions agricoles par régions.
12 H 15 - Situation météorologique générale
15 H 30 - Cours des changes et de la bourse
18 H 10 - Radio concert.
19 H 20 - Bulletin météorologique.
23 H 10 - Prévisions générales et prévision du vent sur les côtes Françaises.

Marcel Laporte dit "Radiolo" inaugure le métier de "speaker". Il anonce le 6 novembre 1922 le premier concert de la station parisienne "Radiola".
Sa voix restera célèbre sur les ondes jusque dans les années 1950. En particulier il sera la voix de "
l'horloge parlante" à partir de 1933.

 

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